A propos du libre de droit

EN SAVOIR PLUS SUR "LE LIBRE DE DROITS" Depuis plus de dix ans sont arrivés en France les CD dits « libres de droits ».

A l’époque certains photographes avaient marqué nettement leur détermination contre ce nouveau moyen de diffusion des photographies. Par ailleurs, la profession tout en rejetant le procédé n’a pas entamé d’action collective.

Nul ne peut savoir ce qui se serait passé si à ce moment un lobby actif avait pu obtenir si ce n’est le retrait, tout au moins des aménagements liés à c moyen de distribution.

Il faut bien admettre que durant les premières années ceux qui choisirent d’éditer eux-mêmes leur production sur CD virent leur revenus sensiblement augmentés. Un feu de paille qui laisse désormais beaucoup de cendres.

Dans le même temps les diffuseurs s’étaient emparés de ces images d’abord avec réticence, car une majorité des répertoires étaient constitués de photos de moindres qualités voire difficiles à vendre. La qualité des photos proposées depuis par les CD dit « libres de droits » s’est améliorée, allant parfois concurrencer les travaux les plus créatifs proposés en droits gérés.

Aujourd’hui on constate des chutes de 60 à 80 % du chiffre d’affaires des photographes illustrateurs et une diminution importante des ventes des photothèques qui refusent encore de céder au chant des sirènes.

L’achat d’un CD est souvent conditionné par le besoin d’une seule image.

Certains diffuseurs se trouvent à la tête d’une CD-thèque de « libres de droits » qui a coûté une fortune.

Ces images plusieurs années après sont marquées par l’age, et les plus représentatives ayant été utilisées avec abondance, à cause de leur manque d’exclusivité, ont perdu toute valeur.

De plus le manque d’indexation, la séparation physique des photos à cause du support lui-même, le manque de cohérence montrent clairement les limites du système.

Sans compter que presque tous les utilisateurs sont contrefaisants puisqu’ils ne sont pas propriétaires du ou des CD qui comportent les images utilisées.

Aujourd’hui le CD en « libre de droits » perd du terrain face à la diffusion des photos sur internet. Il n’est plus nécessaire d’acheter un lot d’images pour en avoir une seule.

De plus Internet constitue une sorte de terrain de jeu sur lequel tout le monde peut se rencontrer, amateurs et professionnels. Un terrain de jeu sur lequel les règles sont parfois bafouées soit volontairement soit par ignorance. Un terrain de jeu sans arbitre où chacun a sa propre interprétation des règles, où l’absence de frontière accentue les effets pervers des systèmes déjà en place.

Dans un monde parfait, les diffuseurs respecteraient les auteurs et les auteurs eux-mêmes se respecteraient.

Hélas ce n’est pas le cas, certains « diffuseurs » proposent à des prix ridiculement bas des images parfois de bonnes qualités, de leurs côtés les professionnels sérieux étranglés par des pertes énormes sont parfois prêts à accepter des prix qui ne permettent qu’une survie à court terme.

C’est comme cela que l’on peut rencontrer des propositions d’achat de photo à 1 €. Qui oserait prétendre qu’il s’agit là d’un montant « raisonnable ». Ce raisonnement ne peut pas avoir de sens pour des cessions de droits patrimoniaux sur des œuvres qu’il serait indigne d’assimiler à un produit manufacturé dont la production de masse baisse le coût unitaire.

La situation que vit aujourd’hui la photo est une tentative de ce que nous pourrions appeler une OPA sur les droits des auteurs européens par les photothèques et éditeurs nord américains. Une volonté de chercher à faire appliquer dans le monde entier le principe du Copyright qui dénis à l’auteur toute revendication sur son œuvre en supprimant le droit moral.

On a pu voir au cours des années écoulées la lente érosion du respect de ces droits par les promoteurs du « libre de droits ».

Campagne de publicité pour la promotion de CD avec des accroches du type « ne vous faites plus voler », « arrêtez de payer trop cher ».

Le tout suivi d’une communication qui en insistant sur la liberté et non sur son coût a fait qu’aujourd’hui dans l’esprit du public, « libre de droits » est souvent synonyme de gratuité.

L’effet pour la profession est dramatique en créant une situation où à chaque demande de devis les photographes sont obligés de s’expliquer sur leurs demandes de droits, quand ils ne perdent pas le budget parce qu’ils refusent de faire des cessons « tous droits » .

Dans la situation actuelle de paupérisation de la profession et de la fragilité économique grandissante dans le secteur de la photographie, beaucoup cèdent en préférant un gain immédiat faible (trop faible) à une lutte qui ne pourra porter ses fruits que plus tard (trop tard ).

Si le « libre de droits » séduit les diffuseurs, ils en oublient trop souvent les points noirs qui sont :

Le diffuseur reste responsable des droits des tiers (personnes et objets ou lieux photographiés).

Il suffit pour s’en convaincre de lire les conditions d’utilisations des photos en LD proposées sur les sites des grandes agences.

Le manque d’exclusivité lié à l’image. Le concurrent peut utiliser la même image sur la même période et dans le même support.

Cela s’est déjà produit.

L’illégalité de l’utilisation du termes « libre de droits » puisqu’une photo ne peut être entièrement libre. Le droit moral n’étant pas cessible.

Le « «libre de droits » est une traduction trop approximative et erronée du terme « royalty free » qui s’applique de toutes façons à une notion qui s’appuie elle-même sur le Copyright qui n’a pas court en France puisque cette législation ne reconnaît pas à l’auteur de droit moral.

La volonté qui consiste à ne rien vouloir payer, à obtenir à vil prix ce qu’il ne payaient déjà pas très cher avant s’étend aujourd’hui à tous les secteurs qui diffusent le travail d’auteur et pas seulement dans la photographie.

Ce que vit aujourd’hui la photo menace la presse. Il suffit de voir les tentatives des groupes de presse pour qu’une pige ne soit payée qu’une seule fois à l’auteur pour des parutions dans tous les titres d’un groupe.

Il suffit de voir la demande passée sur Internet par le quotidien Libération pour obtenir des photos d’une grève de transport faites par des amateurs ayant pour seule rémunération la citation de leur nom et engagement de responsabilité vis-à-vis des personnes photographiée, ce qui est un comble pour une photo soit disant de presse. Ce que l’on peut admettre pour un événement inattendu doit-il s’appliquer à un événement prévisible comme une grève.

Qui oserait prétendre avec les éléments dont nous disposons actuellement qu’un futur journal ne peut pas naître sans journaliste ?

Qui oserait prétendre qu’il est impossible de constituer une bibliothèque de sujets sur les thèmes récurrents. Il suffirait alors d’acheter ce CD pour faire un journal qui serait payé par la publicité.

Ce ne serait plus du journalisme, mais avec le « libre de droits » la photo est-elle encore de la photo ?

Article paru dans le magazine de la FPF en 2006 © eric delamarre